Remonter le temps durant trois jours le long d’une route de veranada en Patagonie chilienne

Remonter le temps durant trois jours le long d’une route de veranada en Patagonie chilienne

Il y a des voyages qui déplacent le corps… et d’autres qui déplacent l’âme. Ces trois jours à cheval en Patagonie chilienne font clairement partie de la seconde catégorie.

Avec mon amie gaucha Laureto, sa fidèle chienne Lezna, 3 juments dont une comme pilchero, cheval de bât, nous sommes parties en autonomie le long d’un sentier niché au fond d’une vallée. Objectif : rejoindre le village de Lago Verde, en empruntant une route de veranada — ces chemins ancestraux utilisés bien avant que les routes en graviers carrossables.

Cette route remonte la vallée en traversant de grands domaines d’élevage. L’un d’eux, toujours gardé, nous a offert une halte hors du temps, comme si les murs et les clôtures murmuraient encore le passage des troupeaux d’autrefois.

Car avant 1992 — date de fin de construction de la route actuelle — tout passait par là. Le bétail était mené à la vente par ce chemin. Et aujourd’hui encore, certaines zones n’ont pas changé : rivières larges, sols boueux, passages marécageux… Autant dire que sans cheval, le décor reste… purement décoratif.

Une partie du trajet s’est faite en compagnie du cousin de Laureto et de son fils, qui toutes les 2 semaines ravitaillent le gardien du domaine où nous nous sommes arrêtés et qui se trouve à 8 heures de cheval de leur ferme.

Ces trois jours m’ont rappelé avec force l’importance vitale du cheval dans ces régions. Tout le matériel de construction est encore transporté à dos de cheval : brouette, fourneau, matelas, tubes de cheminée. Seul le bois est travaillé sur place. Ici, le cheval n’est pas un loisir, il est une nécessité et travaille tous les jours.

J’ai aussi appris — vraiment appris — à traverser les rivières. Comment se placer, comment accompagner son cheval, comment ne pas gêner son équilibre. Car avancer contre le courant, sur des galets instables, tout en portant le cavalier, demande un effort immense à l’équidé. Dans ces moments-là, on ne “monte” plus un cheval : on coopère. Et ça change tout.

Entre forêts magiques, lumières mouvantes, silences profonds et paysages à couper le souffle, cette expérience a été un retour brut à l’essentiel. Une immersion dans un monde où le temps ne se mesure pas en minutes, mais en passages, en rivières franchies et en feux allumés.

🎥 Un petit film est disponible via le lien pour vous donner un aperçu — même si, soyons honnêtes, aucune vidéo ne retransmet l’odeur de la forêt humide ni le souffle du cheval dans le courant.

Lien sur la vidéo: https://kdrive.infomaniak.com/app/share/859874/41bcc982-ba25-4c29-a03b-188eb8ea7031

Ces trois jours n’étaient pas une parenthèse nostalgique. Ils sont une boussole. Un rappel puissant que l’avenir peut aussi s’inspirer de ce qui fonctionne depuis toujours… tant qu’on continue à avancer, au pas sûr du cheval.

Anne-Laure Zufferey