Récits de randos

     

Rando au Kirghizstan

 
 

septembre 2007

www.alatoorando.net
       
       
 

Envie de grands espaces, de l’air des montagnes et de la présence des chevaux, c’est au Kirghizstan que j’ai trouvé ce que je cherchais : 12 jours de randonnée au pays des montagnes célestes et des chevaux !

       
 

Cette randonnée a été organisée par Alatoo-Rando, une organisation de randonnées équestres dans les montagnes kirghizes lancée en 2007 par le couple kirghizo-suisse, Saty et Anne. Nous avons réglé les détails par e-mail et je me suis ensuite envolée à la découverte de ce pays.

       
 

Arrivée au petit matin au Kirghizstan, Anne et Saty m’attendent à l’aéroport et me ramènent chez eux, à environ deux heures de route de Bishkek, la capitale. Ce n’est qu’en arrivant à Kalinovska, leur village, que j’ai découvert le pays qui m’entourait. Le jour s’est levé sur une plaine sans fin et des montagnes en bordure desquelles se situe le village. Des collines de prairie, de lisses pentes aux contours arrondis et dépourvus d’arbre m’ont émerveillée. Enfin ces grands espaces, contrastant nettement avec les forêts suisses et cette impression de toujours évoluer dans le même décor !

       
 

Après une escapade au bazar de Tokmak pour acheter les provisions pour la rando, nous allons chercher les chevaux au pâturage. Quatre chevaux ont participé à cette randonnée, trois étalons et un hongre. Des chevaux de petite taille, très confortables et endurants. Une particularité très agréable : ces chevaux amblent naturellement, ce qui n’est pas négligeable sur de longues distances !

       
 

Le lendemain c’est le grand départ, guidé par Saty et aidé par son ami Cubat, nous partons en autonomie avec un cheval de bat. La première nuit se passe sous tente, Saty cuisine, Cubat s’occupe des chevaux et moi je me plonge dans mes rêveries et essaye de me réchauffer autour du feu. Nous repartons le lendemain en fin de matinée et franchissons le col le plus haut de cette aventure culminant à 3570m. Le col du Shamsy, est une des seules liaisons praticables à cheval pour relier la région de Chuy à celle de Kochkor. Nous arrivons dans le « jailoo » de Saralaz-Saz, un vaste pâturage d’été à 3000m d’altitude, où de nombreux bergers viennent y faire paître leur bétail. Chaque famille possède une yourte, leur habitation pour 3 à 4 mois dans l’année. Nous nous arrêtons vers l’une d’elles où un couple de bergers nous accueille chaleureusement. Assis par terre autour de la table, nous recevons du thé ainsi que du pain, des confitures, du beurre et de la crème fraiche. Curieuse, je goûte de tout, même leur bière locale, le « koumis », à base de lait de jument fermenté. D’une consistance liquide et d’une couleur blanchâtre, ce breuvage est un peu spécial pour mon palet d’occidentale, mais on s’y habitue vite et à en croire toutes les vertus, j’en bois presque autant que mes deux guides !

       
 

Les chevaux reçoivent du grain et sont entravés pour la nuit, les deux antérieurs reliés, afin qu’ils ne partent pas trop loin. Eh oui… il n’y a pas de clôtures, les troupeaux sont libres. Je suis ébahie de voir se déplacer nos chevaux. Ils se sont parfaitement habitués aux entraves et ont développés une allure à pieds joints assez rigolote !
Sous un soleil assommant, nous redescendons en plaine où je prends conscience de la précarité des installations d’irrigation des champs agricoles. S’il n’y a pas d’eau qui arrive au champ, rien ne pousse ! Pourtant l’eau ne manque pas dans ce pays, faut juste la faire couler au bon endroit ! Nous dormons dans une maison à Ak-Utchuk, où nous pouvons nous laver. Sans eau courante à l’intérieur des maisons, les va-et-vient avec les récipients d’eau sont incessants…

       
 

Nous repartons le lendemain pour une longue journée dans la steppe et finissons par un petit col pour rejoindre la vallée de Klemtché. Nous croisons plusieurs groupes de cavaliers et mes guides échangent quelques mots et quelques cigarettes avec les autochtones. Nuit sous tente et gelée matinale, autant dire que le soleil est le bienvenu pour se réchauffer !

       
 

Après 5 jours de cheval, nous arrivons au point central de notre randonnée, le lac Song-Köl à 3016m d’altitude, un des plus beaux sites du centre du Kirghizstan. Tout autour se déploient de vastes « jailoo », où les bergers venus des vallées environnantes passent les mois d’été avec leurs animaux. Moutons, chèvres, vaches et chevaux se partagent l’espace, en total liberté. Nous nous installons dans une yourte, avec une vue magnifique sur le lac et les plaines environnantes. C’est l’anniversaire de Cubat, les deux hommes partent chercher de la vodka à la yourte-magasin. Pendant ce temps, je me pose dans un champ d’edelweiss (et oui y en a pas qu’en Suisse !) et je contemple un troupeau de chèvres et de moutons qui rentrent à la yourte voisine pour la nuit. La fin de la saison approche, les yourtes vont bientôt être démontées pour l’hiver car la nourriture commence à manquer pour les bêtes et il fait horriblement froid dès que le soleil se couche. Heureusement qu’il y a de la vodka pour se réchauffer !

       
 

La soirée se déroule en chansons et dans la bonne humeur.
Le lendemain, Saty profite de notre jour de repos pour m’initier aux « ulak-tartysh » les jeux équestres kirghizes. Les bergers sont conviés et se rassemblent près de notre yourte avec leur monture. Le jeu traditionnel kirghize est une sorte de jeu de polo, avec comme balle le corps d’une chèvre tuée pour l’occasion (et que nous retrouvons au menu le soir !). Le but étant, par équipe de deux, de ramener la chèvre sur un tapis. Ils ont joué pendant deux heures, entrecoupés de pauses-vodka comme le veut la tradition ! Une fois à cheval, Saty m’a calé la chèvre entre ma jambe et la selle. Une masse de chair et de poils de 25 kilos ce n’est pas facile à manier !

     
 

Ensuite j’ai pu participer à un défi homme-femme avec Cubat. Il s’agit d’une course en deux étapes. Lancée au galop la première, la femme reçoit un bisou si l’homme arrive à la rattraper. Ensuite l’homme part le premier et se fait réprimander à coup de cravache kirghize si la femme le rattrape. Résultat du défi : J’ai reçu un bisou de Cubat en plein galop, mais mon cheval était plus rapide, ce qui m’a permis de lui infliger quelques coups de cravaches et de lui filer sous le nez jusqu’à la ligne d’arrivée. J’ai eu énormément de plaisir à galoper à vive allure sur cette vaste prairie. L’espace m’a désinhibé de toute frayeur et j’ai laissé mon cheval m’emmener dans sa fougue et son univers.

       
 

Une bonne nuit de sommeil et nous repartons déjà de cet endroit magnifique… pour en trouver d’autres plus loin ! Après quelques heures de cheval et une rude descente à pied dans la caillasse, nous arrivons au village de Jumgal, où le beau-frère de Saty nous attend pour la nuit. Concours de circonstances, un certain nombre de bouteilles de vodka se sont vidées ce soir-là. L’une d’elles, au coucher du soleil sur la colline au dessus du village, m’a particulièrement marquée. Chaque soir, pendant quelques minutes seulement, les couleurs des montagnes changent et deviennent d’un orange vif vraiment éblouissant. Mes photos le rendent bien, mais la chaleur de ces moments particuliers n’est imprimée que dans mes souvenirs.

       
 

Le réveil est douloureux pour certains d’entre nous. Notre objectif de la journée est la traversée d’un nouveau col. Heureusement que des pauses vodka ont fragmenté un peu l’ascension de cette rude montée, ça a permis aux chevaux de souffler un peu ! Mais ceci nous a aussi mis en retard, le soleil se couchait déjà et nous n’étions pas encore à l’endroit prévu pour la nuit. Nous n’y sommes finalement pas arrivés et avons dormi dans une yourte vide. Une vraie aubaine, nous étions exténués de notre journée et les chevaux aussi ! Au petit matin, un troupeau de yaks, des chevaux et des moutons nous ont accueillis. Un bol de semoule dans l’estomac et nous repartons déjà en direction de la vallée.

       
 

Le propriétaire des yaks nous accueille autour de sa table. Une chèvre est tuée pour l’occasion et d’autres mets à base de mouton garnissent la table. Je goute de tout, la partie la plus prisée du mouton étant le gras de la queue ! Glups...

 

 

Le chapeau traditionnel kirghize m’a fait sourire. En demandant à Saty pourquoi il était aussi haut, il m’a répondu qu’il était aussi haut que les montagnes kirghizes…

       
 

Toujours une pointe d’humour et quelque chose à raconter, Saty, Cubat et les kirghizes croisés en chemin m’ont parfaitement intégré au mode de vie des nomades. Les histoires de loups, de chasse et de chevaux, traduites en français par Saty, ont animées les soirées autour de la table basse. Les kirghizes sont très accueillants et hospitaliers, ils sont aussi très bavards…

       
 

Ayant perdu toute notion de date et d’heure, les deux derniers jours marquent la fin de cette splendide randonnée. Nous avons rejoint le « jailoo » de Saralaz-Saz, et repris le chemin du col du Shamsy. Nous laissons le cheval de bat au pâturage et redescendons en riant et en galopant à vive allure au village, les pensées chargées de souvenirs de cette belle aventure.

       
 

Si vous aussi, vous rêvez de grands espaces et de vacances à cheval, n’hésitez pas à contacter Anne et Saty, qui vous feront découvrir les ailes des kirghizes. Pour connaître leur programme, leur site internet, www.alatoorando.net, est composé de nombreuses photos et de cartes manuscrites du Kirghizstan.

       
 

Des vacances à cheval, sans soucis d’organisation, sans prise de tête avec la carte topo et à la découverte de nouveaux paysages, c’est l’évasion… laissez-vous guider!

       
 
 

"Les chevaux sont les ailes des kirghizes"

      textes et photos de Laurence Schaffner
       
       

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