Récits de randos

Voyage à cheval en Islande

   

 

17 juin - 20 septembre 2006

 
   
 
     
 

A quattre pattes au pays de la glace

 
 
 

Il y a huit ans...

   
     
 

Blaise:

 

 

«Nous étions au milieu du lac gelé, quand tout à coup nous avons entendu des craquements. Couchons-nous ! Et nous avons fini de traverser le lac à plat ventre en tirant les sacs à dos. Plus tard, nous nous baignions dans la rivière d’eau chaude naturelle à Landmanna-laugar. Nous étions seuls. Le lendemain, nous traversions les pentes neigeuses de Hrafntin-nusker. J’étais à moitié aveugle, j’avais oublié mes lunettes de soleil. Tout ça, c’était en mai il y a 8 ans. Oli Petur Gunnarsson, qui aimait le côté un peu fou de notre aventure, nous avait gentiment emmenés vers le Hekla dans son taxi. Quand j’ai vu ses chevaux à Selfoss, je lui ai dit: «Un jour je reviendrai faire un voyage à cheval !».

   
 

Manue:

 

«Ben ça tombe bien ! Je rêve de découvrir l’Islande depuis longtemps. Et je rêêêêve de faire un voyage à cheval. Quand partons-nous ?»

 

 

 

Pour notre premier voyage à cheval, il aurait fallu, nous direz-vous, en savoir plus qu’un brin sur le cheval, savoir changer un fer et avoir quelques connaissances vétérinaires, choisir aussi des régions où il y a de l’herbe, peu de barrières et où il existe des routes secondaires, et… éviter de frôler le cercle polaire !
Alors pourquoi à cheval et pas à vélo ? Et pourquoi l’Islande ?!

  «... surtout prenez avec vous beaucoup de bon sens !»
 

Nous nous sommes lancés dans cette aventure…

 
   
 

Sans expérience (Manue connaît un peu les chevaux, mais n’en a jamais eu ; Blaise a eu une jument pendant un an, mais il a tout oublié);


En s’y préparant beaucoup trop tard («Allo le Ranch des Maragnènes ? Nous partons dans 15 jours. Pouvons-nous venir suivre un stage ?»)


Avec le scepticisme de certains cavaliers islandais («Vous allez vous perdre !»)

       
 

Heureusement, nous avons été encouragés par:

 
 

Oli Petur («Vous avez rêvé de ce voyage original, et vous, vous allez le faire»)

 

Antoine Cloux, comportementaliste («Vous avez 3 mois pour devenir complices»)

 

Joseph et Christiane Ceralli, cavaliers au long cours («Surtout prenez avec vous beaucoup de bon sens ! »)

 

Emile Brager, à travers son livre «Techniques du voyage à cheval» devenu notre bible («Un voyage, c’est sérieux mais ce n’est pas grave»)

 
 

1000 km à l’allure du pas...

 

 
       
 

Notre première idée était de faire le tour complet de l’île, en évitant les régions arides et gla-ciaires de son centre. Nous ne l’avons pas réalisée car nous n’avions plus le temps: nous avons commencé à marcher mi-juillet et la neige peut déjà tomber en septembre. Par ail-leurs, notre philosophie était de faire immersion dans la nature, de prendre notre temps, de nous arrêter où et quand nous le voulions, autonomes, sans itinéraire précis et en toute complicité avec nos chevaux. Mais si c’est nous qui écrivions la musique, c’est très vite eux qui ont mené la danse.

   
 

     
 

Le voyage a duré 3 mois: le premier pour choisir les chevaux et préparer le matériel (et nettoyer le crottin !); le deuxième pour parcourir les montagnes volcaniques et désertiques du Fjallabak (c’est beau mais il n’y a pas d’herbe !); le troisième pour chevaucher du Sud au Nord, par la côte Est (et le long des barrières à moutons !). Nous avons parcouru 1000 Km, avec une moyenne de 20 Km par jour, le tout à l’allure du pas. P’tit Gris et Noiro portaient tout le matériel de camping et la nourriture, en plus de nous (au maximum 90kg par cheval). Chaque soir, nous montions notre tente et leur clôture élec-trique sur le meilleur coin d’herbe. Il faisait 10°C en moyenne.

 

Les préparatifs

   
   
 

Nous passons nos journées à nettoyer des box et à nourrir 11 chevaux. Nous nous retrouvons donc à Selfoss, petite ville à 1 heure de route de Reykjavik. Le plus grand festival de cheval, Landsmot, est sur le point de débuter dans le nord du pays. Avant d’y accompagner sa fille qui participe aux compétitions, Oli Petur nous indique l’écurie où se trouvent 6 chevaux qu’il a préparés pour nous. Au premier coup d’œil, Manue a un faible pour le beau Noiro (qui appartient à un certain Jakob, mais nous n’en savons pas plus) et Blaise pour le sympathique P’tit Gris.

       
 

Noiro: 9 ans, bien bâti, la tête froide, sait tölter et a presque fait de la compétition. Bien élevé, il est l’employé modèle et ne s’éloigne jamais de P’tit Gris. Sa grosse frange lui donne un super look, mais lui cache la vue. Sa phrase favorite: «s’il vous plaaaaîîîît m’daaame, encore des gratooouuuilles.

P’tit Gris: 16 ans, petit, très sûr mais beaucoup de caractère et indépendant. Il amble («mais il trotte à l’envers !»). Il a un tempérament de chef (de ceux qui sont toujours à la cafétéria). Il préfère être forcé de suivre que de mener contre son gré. Comme Noiro, il obéit mieux quand on lui parle en (faux) islandais. Sa phrase favorite: «passe devant et suis- moi».

       
 

Laissés à nous-mêmes, mais heureusement le livre de E. Brager en main, nous commençons toute une série de tests pour choisir les 4 meilleurs chevaux. Un à un, nous les sortons, les brossons, les curons, les observons de près et de loin, nous contrôlons leurs allures et leurs réactions à la longe, la manière dont ils passent des petits obstacles et nous testons leurs nerfs. P’tit Gris et Noiro sont élus chevaux de selle, Bruno et Tache Blanche potentiels chevaux de bât. Exit Maigrelet et Peureux.

 


Un matin, Blaise essaie de ramener à l’écurie ces deux derniers, qui étaient au parc. Pas moyen, et en plus ils fichent le camp. Comme il est impossible de les rattraper à pied, nous sellons à toute allure P’tit Gris et Noiro pour aller les chercher. Manue redescend très vite d’un Noiro super excité qui rue et se cabre, tandis que Blaise est déjà loin, en cowboy sur un P’tit Gris beaucoup plus docile. Il ramène les chevaux après une course-poursuite à travers les écuries de Selfoss. Plus tard, Manue remonte sur Noiro dans un paddock, mais il est toujours incontrôlable. Blaise donne des tas d’ instructions et tout ça énerve Manue, qui en a marre et descend. Blaise se propose alors d’essayer Noiro, et paf, il le met par terre. Résultat, mal au dos pendant plusieurs jours et nous avons la trouille de monter les chevaux seuls.
Comme si cela ne suffisait pas, il y a 5 nouveaux chevaux à l’écurie, dont 1 étalon inapprochable et les 4 chevaux d’Iris Gudmundsdottir. En coup de vent, elle les a amenés pour nous, à la demande d’Oli Petur. Nous nous sentons perdus. Ces nouveaux chevaux, cela signifie de nouveaux tests. Et il n’y a personne pour nous coacher. Tout le monde est à Landsmot. Les écuries de Selfoss sont un village fantôme. Nous n’avons toujours pas de bât. Nous passons nos journées à nettoyer des box et à nourrir 11 chevaux.

       
 

Le moral remonte au grand galop !

 

 
 


Dépités, nous nous confions au gérant du camping, Oli Gudmunsson, qui nous prête une oreille attentive et bienveillante. Il connaît les chevaux, beaucoup de monde, et il n’est pas à Landsmot, lui. La situation se débloque.
Alors que nous nous rendons aux écuries, un mystérieux pick-up rouge s’arrête à notre hauteur: «Il semblerait que nous ayons rendez-vous à 18h, vous et moi» nous dit Siggi Bjornsson, gentleman et maître sellier. Sur le siège arrière, un vieux bât… Aux écuries, nous re-trouvons Oli et Iris, et nous testons tous ensemble les chevaux et le bât. Notre verdict: nous prendrons Noiro, P’tit Gris, et deux des chevaux d’Iris.

       
 

Hrolfur Bragasson, probablement le seul maréchal-ferrant qui manque à Landsmot vient ferrer P’tit Gris et Noiro. Ils ont de mauvais pieds, ce qui nécessite la pose de plaques de protection en plus des fers. Autre surprise, nous passons une bonne heure au paddock à essayer d’attraper les chevaux d’Iris, sans succès. Elle nous apporte du pain pour nous faciliter la tâche… désormais notre critère de choix, c’est des chevaux faciles à attraper ! Cette fois c’est décidé, nous prendrons quand même Bruno et Tache Blanche comme chevaux de bât.

       

 

Nous trions l’équipement à prendre, graissons le harnachement qu’on nous a prêté, achetons celui qui nous manque, et faisons coudre (à prix d’or !) des couvertures à nos sacoches de selle pour protéger le dos des chevaux. Fjola, la fille d’Iris, vient nous montrer les rudiments de la monte islandaise.
Bruno et Tache Blanche ferrés, nous les habituons au bât en déménageant nos bagages aux écuries, notre nouveau domicile. Nous rasons les bâtiments pour leur apprendre à rester derrière. Tant que l’un de nous marche devant, ils avancent gentiment. Par contre, dès qu’il s’agit de suivre le cheval de selle, ça se complique, ils veulent tout le temps le dépasser. Tache Blanche nous joue quelques sales tours, nous devons nous résigner à ne pas le prendre. Tout notre espoir repose sur Bruno, notre seul cheval de bât possible.
Nous trions à nouveau les affaires, le bât de Bruno pèse 86kg. Nous sommes enfin organisés pour le départ. L’équipement prêt à être chargé, il ne manque plus que les chevaux. Nous allons les chercher au pré avec quelques friandises, et là, oups, plus de chevaux. Volatilisés. Il n’y a même plus de barrière ! Quelques sueurs froides et tours de quartier plus tard, Nous retrouvons nos cocos tout penauds dans un paddock. Nous les avions probablement mis sur un terrain privé.

   
 

Le 1er départ: durée 40min – 3km (Excités mais anxieux)

 
       
 

Blaise monte Noiro et tient Bruno à la longe, derrière lui. Manue fait la police montée canadienne sur P’tit Gris, pour corriger les écarts de Bruno. Nous sommes à la fois tout excités de partir et anxieux pour Bruno et son monstrueux chargement. Nous visons, comme étape symbolique, l’auberge de Oli G. à Bitra, à 13km de Selfoss.
Nous longeons depuis peu la route n°1. Nous ne comprenons pas pour quelle raison Bruno panique. Il dépasse Noiro et tourne autour de lui en courant. Blaise lâche la longe avant qu’elle ne se resserre sur lui. Et là c’est la débandade, Bruno pique un galop en direction des écuries, et perd la moitié des bagages dans sa folle course. Crispés, de peur que P’tit Gris et Noiro s’emballent à leur tour, c’est au trot seulement que nous faisons demi-tour.
Au carrefour déjà nous voyons une voiture arrêtée en travers de la route et nous imaginons le pire. Heureusement, le conducteur a réussi à arrêter Bruno en lui barrant le chemin, et le tient calmement au licol. Nous rentrons tous à l’écurie pour reprendre nos esprits et nous réorganiser. Nous abandonnons les piquets de clôture trop longs et trop lourds qu’on nous a prêtés et Blaise en bricole 15 avec des arceaux de tente en carbone tout léger. Après une énième séance de tri nous arrivons à réduire le volume des sacs et le poids du bât à 63kg.

       
 

2ème départ: durée 3 jours – 25km (Les nerfs à bout)

 
       
 

Cette fois, nous avons plus de chance. Bruno fuit à plusieurs reprises, mais nous finissons toujours par le rattraper et le bât a l’air de tenir. L’étape jusqu’à l’auberge Bitra est pénible à cause du trafic des départs en vacances. Merveilleux: Oli G. nous fait la surprise d’un bon gueuleton au poulet.

 


Le lendemain nous montons notre premier campement au bord de la rivière Pjorsa. Pour nous c’est un miracle qu’au matin, les chevaux soient toujours dans le parc. Mais nos nerfs sont à bout avec ces préparatifs, ces départs successifs, ces tris interminables, le manque de sommeil, nos ventres vides, et toutes les questions que nous nous posons sans arrêt. Blaise siffle nerveusement à longueur de journée; Manue ne peut rien avaler; est-ce que nous al-lons voyager longtemps comme ça, sans plaisir, à cause d’un Bruno qui menace sans arrêt de fuir ? Qu’est ce qui peut bien lui faire peur ? Le volume de son chargement ? Le souvenir des sangles qui pendouillent quand les sacs tombent ? Est-il trop casanier pour suivre P’tit Gris et Noiro ? En tout cas nous ne lui avons pas laissé assez de temps pour s’habituer à son nouveau rôle.
Le 3ème jour, Bruno panique une fois de plus et s’enfuit à travers champs en direction de Selfoss avec les sacs qui volent un à un. Nous sillonnons la campagne au galop à la recherche du fugitif. Une heure après, nous le retrouvons dans les bras d’Ana Frida Bjarnadottir, dans la cour de sa ferme à Skeidhaholt. «Ne perdez pas courage, dit-elle, ça fera une histoire à raconter à vos petits-enfants». Par chance, Siggi B. est aussi dans la région et le soir même notre petite équipe rentre en van à Selfoss.

       
 

Ce sera seulement deux chevaux et dans les montagnes du Fjallabak !

   
 

C’est le grand retour à la case départ. Nous n’en pouvons plus. Cette fois nous avons compris qu’il ne faut plus insister avec Bruno. Nous sommes contents que ce calvaire s’arrête. Nous essayons de trouver un autre cheval de bât, mais sans conviction. Encore un cheval à connaître, à entraîner et à ferrer… Nous sommes fâchés contre la terre entière, Landsmot, notre inexpérience, le temps qui passe et les organisations de tours à cheval qui semblent avoir raflé les meilleurs chevaux.
Nous décidons de partir seulement avec nos deux chevaux de selle, Noiro et P’tit Gris. Nous ne ferons pas le tour de l’île car c’est trop tard. Nous irons dans les montagnes du Fjallabak ! Deux chevaux seulement, ça limite le chargement et notre autonomie en nourriture. Mais c’est aussi moins de soucis. Et au fond, nous sommes contents de partir légers.
Par contre, c’est reparti pour un tri. Cette fois il est drastique. Habits, nourriture, cuisine et accessoires pour les chevaux, tout doit rentrer dans les sacoches et dans deux petits boudins improvisés à l’avant de la selle. Piquets, sacs de couchage et tente sont solidement fixés dessus à l’aide de sangles.

       
 

Désormais, ce sera une brosse à dents pour deux. Des outils de maréchalerie, nous ne gardons que 6 clous. Nous abandonnons presque toutes les boîtes de thon. Blaise en récupère officiellement 3 contre sa pipe et son tabac et se remplit les poches en cachette de toutes celles qui restent, de muesli et de spaghettis. La confiance règne: nous fixons sur les licols une petite étiquette avec nos numéros de téléphone et tout au long du voyage, chacun de nous gardera sur soi papiers, argent, et portable.

     
 

Voyage dans les montagnes, 12 juillet - 11 août

 
       
  Quoi de plus beau que ce vrai départ pour fêter l’anniversaire de Manue !
       
 
       
 

Nous remontons la vallée de la Pjorsa. A Arnes, une cliente de la station service s’étonne que nous allions à Landmannalaugar avec seulement 2 chevaux. «J’ai des chevaux moi-même et je sais qu’il n’y a pas d’herbe dans les montagnes. Est-ce que vous croyez vraiment que vous allez y arriver ?». Vers Pjorsarholt, personne ne nous accepte sur leur terrain pour la nuit. C’est la tempête. Nous avons la rage quand un fermier vient nous demander de l’argent parce que nous campons au bord du chemin.

       
 

Nous quittons ensuite les routes pour des chemins qui nous font traverser en quelques heures des paysages aussi variés que la forêt canadienne, le Sahara, et les steppes mongoles.
Juste derrière une colline se cache le refuge de Klettur. Nous mettons quand même la tente à l’extérieur car vu les bagages entreposés à l’entrée, nous nous attendons à voir débarquer un énorme groupe. En fait, nous verrons arriver seulement 6 cavalières avec 18 chevaux. Elles montent à l’Islandaise, c’est-à-dire que chaque cavalier a plusieurs chevaux en main ou libres. Elles se déplacent au tölt (le fameux trot à 4 temps si confortable, spécialité du cheval islandais), et changent de monture régulièrement. Ajoutons que la mode actuelle a remplacé les chevaux de bât par un 4x4 qui transporte d’étape en étape tout le nécessaire (à des soirées bien arrosées).
En direction de Stöng, nous admirons un troupeau de chevaux en liberté galopant dans la plaine, crinières au vent. La poésie s’envole lorsque nous discernons des cavaliers tentant de les rattraper. Ces chevaux font partie d’un tour organisé et se sont évadés d’un enclos.

     
 

Nous campons sur un petit carré d’herbe miraculé au milieu du désert. À l’aube, nous sommes réveillés brutalement par le bruit sourd de galops frénétiques et aussi à ce que nous croyons être une grosse pluie. Blaise sort de la tente et crie: «mais il fait grand beau ! c’est pas la pluie, mais des millions de mouches ! ça rend les chevaux fous ! ». Encore aujourd’hui nous nous demandons comment le ridicule fil de notre clôture a bien pu les retenir. Les mouches islandaises ne piquent pas, mais font des plongeons kamikazes dans les oreilles, les yeux, la gorge et les narines. Alors que chaque matin, il nous faut 2h pour lever le camp (déjeuner, panser, curer, ranger, défaire le parc, équilibrer les chargements, équiper les chevaux), ce matin-là nous le faisons en 20 minutes. Ca tient plus ou moins et nous partons à toute bombe, suivis de deux gros nuages noirs.

       
 

Noiro a perdu un fer ce matin-là. Heureusement, Dunna, de Land & Hestar, une organisation de tours à cheval, accepte généreusement de nous dépanner. Nous sommes gênés, nous n’avons même pas un fer de rechange. Nous nous jurons de prendre avec nous le minimum de maréchalerie dès que possible.

       
 

Un décor apocalyptique de cendres noires qui s’offre à nos yeux...

   

 

 

Nous quittons la vallée de la Pjorsa en direction des montagnes, en suivant des traces de chevaux. Nous traversons des déserts de lave près du Hekla, volcan célèbre pour ses récentes éruptions (la dernière en février 2000).

       
 

La réserve naturelle du Fjallabak, en son centre Landmannalaugar et ses sources chaudes, est le paradis des géologues et des photographes pour sa géothermie, ses fumerolles, sa rhyolite et toutes ses couleurs. C’est aussi le paradis des tours à cheval organisés. Vu qu’il n’y a pas ďherbe et que le camping sauvage est interdit, ils traversent le Fjallabak à toute allure en faisant étape dans des refuges qui mettent à leur disposition des enclos et du foin. C’est grâce à ľexistence de ces dépôts de foin que nous pouvons voyager dans les montagnes. Nous qui recherchons la solitude et les endroits sauvages, nous devons faire étape dans ces lieux surpeuplés.

       
 

Dans quelle aventure est-ce que nous nous embarquons, nous demandons-nous, quand nous arrivons au col d’Afangagil? Peut-on parler de nature autour de nous ? C’est un décor apocalyptique de cendres noires qui s’offre à nos yeux... Nous installons le camp à l’intérieur d’un enclos existant au milieu de nulle part. Nous promenons les chevaux à la longe pour chiper ici et là les rares touffes d’herbe qui seront leur seul repas. Toute la nuit, ils font les cent pas. A Landmannahellir, Manue s’engage la première dans une rivière, et c’est la cata: des sables mouvants ! Noiro se débat comme un lion, avec Manue sur son dos. Ils s’en sor-tent assez vite, mais nous avons eu une sacrée trouille !

       
 

Aux refuges où nous devons nous arrêter les jours suivants, les gens sont tout étonnés de voir arriver deux suisses à cheval. «Mais où est votre groupe ?»; «Seulement 2 chevaux ? Nous en Islande on voyage toujours avec 3 ou 4 chevaux par cavalier». C’est la phrase que nous entendrons le plus souvent !

       
 

6 grands sacs-poubelles remplis de foin

 
       
 

Il règne une ambiance de camp de base Everest à Landmannalaugar. Ici, la douche est payante alors que des rivières bouillantes sortent de partout. Siggi B. (qui est partout !) et l’équipe de Gudny Eiriksdottir nous offrent un des plus chaleureux accueils de notre voyage, avec thé et gâteaux.

       
 

Nous partons en repérage sur la première étape de la spectaculaire randonnée pédestre qui mène à Thosmork en quelques jours. Même si certains l’ont fait à cheval, nous y renonçons: parcourir 20 Km dans de la rocaille, ça satisfait peut-être notre ego mais en tout cas pas celui des chevaux. Comme la plupart des cavaliers, nous suivrons les pistes à 4x4 pour contourner Hrafntinnusker. Une Russe tient une mini-épicerie dans un vieux bus. Ça nous dépanne même si c’est hors de prix. Nous quittons l’endroit avec 6 jours de provisions et du foin dans un grand sac-poubelle. Nous marchons devant les chevaux.

       
 

Le passage par le petit refuge non gardé de Dalakofi fait un bien fou après le bain de foule des jours précédents. La complicité s’installe avec les chevaux. Nous faisons notre première balade à cru, et Noiro rentre même dans le refuge pour chiper du muesli. Par contre P’tit Gris se fait une belle prise de longe, et nous soignerons la crevasse avec du beurre les jours suivants.

       
 

La région est magnifique, mais nous sommes coincés à Hvanngil par une pluie incessante. La gardienne et nous sommes bousculés sans arrêt par des groupes de cavaliers. «Dégagez vos chevaux, c’est à nous ici» brame le guide de Ishestar. Leur agressivité nous met en rogne. Manue prend son mal en patience, mais Blaise ne supporte plus ces gueulards et les 4x4. La gardienne nous donne un peu d’essence pour le réchaud et 6 grands sacs-poubelles que nous remplissons de foin. Nous sommes désormais bien décidés à éviter ces lieux trop fréquentés.

       
 

Les quelques jours qui suivent sont les plus fous de notre périple en montagne. Nous traversons d’abord l’inhospitalier désert du Maelifell. Imaginez le tableau: à la pause déjeuner, nos deux cocos dans cette immensité de sable noir autour d’un petit tas de foin jaune.

       
 

Nous vivons ensuite quelques jours de rêve à Strutslaug. Le site est superbe. Loin des routes, sans groupes ni 4x4. Nous nous baignons dans les petits bassins d’eau chaude, simplement aménagés avec quelques cailloux. L’eau bouillante de la source n’a cette fois aucun goût de soufre. Blaise peut enfin faire son «thé des fumerolles» sans nous intoxiquer. Les chevaux se prélassent au soleil tout près de la tente. Nous nous couchons contre eux pour faire la sieste. Nous sommes heureux.

       
 
       
   
       
 

Fer tordu et ventres vides

 
       
 

Durant la tempête glaciale des jours suivants, nous sommes ravis de tomber sur le refuge non gardé d’Alftavötn. La pluie est horizontale. Stoïques, les chevaux l’endurent, cul au vent. Nos gore-tex sont trempés. Nous nous promettons d’acheter des cirés. Passent toutes sortes de groupes, des plus sympas (cyclistes de Liverpool) aux plus envahissants. «Vous ne trouvez pas dangereux de voyager sans guide ?» nous demande un des 17 clients de Terre d’Aventure. Nous avons préféré mettre la tente dehors. Il y a très peu d’herbe. Nous faisons donc un aller-retour au refuge de Holaskjöl pour chercher du foin. Enthousiasmée par notre indépendance, la gardienne nous en offre ainsi qu’un peu de nourriture. Ça tombe bien, 10 jours après Landmannalaugar, nous n’avons plus rien. La faim nous rend grinches.

       
 

Nous redescendons des montagnes. Le chemin pédestre qui figure pourtant sur la carte n’existe plus. Nous avons un avant-goût des joies de la côte: nous longeons des clôtures à moutons pendant des Km à la recherche d’un portail. Pour corser le tout, P’tit Gris se tord un fer dans les marécages. Nous essayons de l’enlever avec les moyens du bord, mais n’avons pas les bons outils. Nous marchons devant les chevaux en choisissant le terrain le plus mou sur les 25 Km qui nous séparent d’Hunkubakkar. Nous y arrivons tard, crevés, les pieds mouillés et l’estomac vide. La famille d’Heidi prend en pitié notre petite équipe un peu loufo-que. Son père réussit à enlever le fer tordu.

       
 

P’tit Gris et Noiro nous demandent 3 jours de congé. Nous les laissons à Hunkubakkar, et rentrons à Selfoss en autostop. Nous avons l’intention de continuer l’aventure vers l’Est le long de la côte, mais avant, il faut récupérer quelques affaires, dont les outils de maréchalerie et les lampes frontales, car maintenant la nuit, il fait nuit.

       
 

Du Sud au Nord (Myvatn) par l’Est 12 août- 16 septembre

 
       
 
       
 

Hrolfur B. nous accompagne jusqu’à Hunkubakkar pour ferrer nos chevaux à neuf. Nous faisons nos adieux à la famille qui les a gentiment gardés au pré avec les leurs. Et c’est reparti !

       
 

Il y a des barrières partout, très peu de routes secondaires et elles mènent toutes à des fermes. Le terrain environnant est souvent impraticable (marécages, rochers) et les torrents infranchissables. Dans les fjords, la route n°1 est coincée entre mer et montagne. Afin d’éviter le bitume, nous portons toute notre attention à trouver de vieux chemins parallèles, d’anciennes routes en terre battue, ou mieux des sentiers pour chevaux. Lorsque c’est impossible, Blaise recommence à grogner contre le principe du voyage à cheval. «OK» lance Manue, «Je commande une bétaillère jusqu’au prochain site intéressant; mais ce n’est plus du voyage à cheval, c’est du tourisme équestre !». En général ça suffit à le calmer. Pour se changer les idées sur les longs bouts droits, nous galopons si le sol le permet ou nous marchons, méditatifs, devant les chevaux. Parfois Blaise nous fait une fausse émission de radio sur le country music.

       
 

Les paysages sont par contre très variés (glaciers, lacs aux icebergs, déserts de sable et coulées de lave…). Il fait bien plus chaud que dans les montagnes et nous n’avons presque que du beau. Les régions que nous traversons sont très peu peuplées, mais nous pouvons acheter de la nourriture chaque semaine. Il y a peu de circulation, les camions ralentissent respectueusement; à l’inverse, les plus mauvaises notes vont aux grosses jeeps à pneus super larges. Leur philosophie, c’est d’aller confortablement et le plus vite partout, tandis que la nôtre c’est d’aller où l’on peut, au rythme des chevaux. Avec nos sacoches, Nous nous sentons plus proches des voyageurs à vélo que des tours organisés à cheval.

       
 
       
 

Les chevaux d’abord

 
       
 

Notre relation avec les chevaux prend de plus en plus de place dans notre voyage. Nous ne visons pas un exploit sportif par des étapes trop longues ou le défi d’un objectif final trop fou. Nous voulons que les chevaux soient heureux d’évoluer chaque jour avec nous et les rendre à Oli Petur en pleine forme. L’itinérance doit être pour eux le prétexte d’aller chaque jour vers de meilleurs pâturages. Au début, les critères pour un bon bivouac étaient l’herbe, l’eau, un coin sec, abrité du vent, loin du trafic et avec une belle vue. Maintenant, nous cherchons surtout la meilleure herbe et le reste passe après.

       
 

Chaque soir, il nous faut 1 heure pour monter la clôture électrique. Maintenant nous sommes sûrs qu’il y a du courant (c’est Blaise qui teste) car nous avons ramené une nouvelle batterie de Selfoss. La précédente avait rendu l’âme en tombant de Bruno, mais nous ne le savions pas car aucun de nous n’osait toucher le fil. Nous nous en sommes rendus compte grâce à Noiro, qui nous jouait un joli tour. Nous l’avons surpris à brouter à l’extérieur du parc au milieu de la nuit, laissant P’tit Gris seul à l’intérieur. Le matin il rentrait dans l’enclos comme si de rien n’était. Manue a breveté une combine: approcher gentiment un cheval du fil, et subitement pousser un hurlement, en agitant les bras en l’air. Ça marche à tous les coups. Les chevaux, effrayés, croient un instant qu’il y a bel et bien du courant.

       
 

C’est dans cette 2ème partie du voyage que nous commençons à mettre la tente dans le parc. L’herbe doit être meilleure près de nos provisions, car Noiro et P’tit Gris broutent toujours autour de nous. Toute la nuit, nous sentons les vibrations du sol sous leurs sabots, nous entendons les bruits de mastication, à se demander quand ils se reposent. P’tit Gris, quand il n’arrache pas une sardine et une partie de la tente, nous fait hurler de rire lorsque le matin nous le trouvons planté là, endormi, le museau à 2 cm de l’entrée.

       
 

La première heure de route, nous ne parlons pas beaucoup. Nous avertissons l’autre quand son cheval fait ses besoins. Ça donne du «pipi !», «pipi aussi !», «ah, là c’est caca !», «ah bon, le mien pas encore, ça m’inquiète…». Noiro a la fâcheuse manie de s’arrêter brusquement pour ça, même en plein galop. Manue le sait, mais P’tit Gris, qui suit toujours juste derrière à moitié endormi, lui rentre à chaque fois dedans.

       
 

P’tit Gris et Noiro face à... une baleine !

 
       
 

Nous nous faisons du souci pour la traversée du Skeidarasandur et de la région de Skaftafell, car l’étape doit se faire en un jour. Skeidarasandur est un austère delta glaciaire de sable noir long de 30 Km sans aucune touffe d’herbe. Il n’y a qu’une route, et quelques longs ponts métalliques. Heureusement nous trouvons des traces de chevaux parallèles. Au parc national de Skaftafell, les chevaux ne sont pas les bienvenus. Après 44 Km et une dizaine d’heures, nous nous installons au pied du magnifique glacier Svinafell.

       
 

Nous nous approchons du lac de Jökulsarlon par la porte de service: le petit Fjallsarlon caché dans les moraines, moins connu mais tout aussi beau et avec de vrais bouts de glaçons dedans. À Jökulsarlon, la mer rentre et sort au gré des marées. Des otaries jouent dans l’eau turquoise, disparaissent et montrent à nouveau leurs moustaches un peu plus loin. Des bateaux remplis de touristes naviguent bruyamment parmi les icebergs. Ici c’est censé être une réserve… On peut déplorer qu’un très beau site naturel soit aménagé et trop fréquenté. À l’inverse il est dommage de le snober sous prétexte qu’il est touristique.

       
 

À 200m de la foule, il y a la mer, et personne. Les chevaux reniflent, goûtent l’eau salée, et relèvent brusquement la tête: une baleine nage à 20m de la plage ! Nous restons tous les quatre à l’observer pendant un bon moment.

       
 

Parfois nous apportons du rêve, parfois nous agaçons

 
       
 

Nous arrivons à la ville de Höfn, après onze jours. Un paysan et sa famille s’arrêtent près de nous à la station-service, curieux et hilares. «Quoi, vous venez de Selfoss ? !». Ils acceptent gentiment, comme la famille de Hunkubakkar, de garder les chevaux chez eux à Bjarnanes pendant deux jours.

       
 

Voilà une rencontre agréablement simple. Souvent, elles sont bien plus compliquées. Avec nos chevaux à sacoches, nous sommes exotiques et marginaux. Nous inspirons certainement autant de sympathie que nous intimidons. Parfois nous pensons apporter du rêve aux gens, mais parfois aussi, notre différence les agace. Certains sans-gêne nous livrent un véritable interrogatoire. Quand, pour la énième fois, un 4x4 s’arrête à votre hauteur, la vitre automatique descend, et sans qu’on vous dise bonjour ni qu’on se présente, on vous pose toute une série de questions: «D’où venez vous ? Où allez-vous ? Qui êtes-vous ? À qui sont les chevaux ? etc. », même si leur curiosité est légitime, c’est dur de s’y habituer et il y a de quoi en avoir marre.

       
 

En repartant de Höfn 2 jours plus tard, à la même station-service, Blaise tient absolument à attacher les chevaux à côté des jets à pression qui servent à laver les voitures. Noiro, effrayé, casse sa bride. Ça nous vaut une engueulade entre nous et un ras-le-bol parce que les gens de la station nous soumettent à l’interrogatoire habituel alors que nous leur demandions simplement où acheter une bride. Par contre, nous avons appris une chose: nous quittons toujours une ville le ventre plein mais les nerfs tendus. Ça nous aidera à mieux partir les prochaines fois.

       
 

Des fjords aux déserts

 
       
 

Nous continuons vers l’Est par les fjords. Nous suivons la côte parce que la montagne est trop aride et accidentée. C’est la tempête et la pluie pendant 3 jours, avec des vents à 45 Km/h, à vous faire tomber de cheval. Nous préférons marcher devant, courbés et la tête de biais, inspiré par P’tit Gris et Noiro. Nous empruntons quand même le col de Lonsheidi, où Blaise lâche P’tit Gris pour tester sa fidélité. Nous en déduisons que quand il a bien mangé, il suit. Mais quand il a faim on peut l’attendre très longtemps. A Lonsheidi il avait faim, mais il n’y avait que des cailloux à manger. Il finit par nous suivre dans la montée, penaud, 300m derrière.

       
 

Les sacoches sont lourdes et ne sont pas adaptées pour le trot. Nous en faisons la mauvaise expérience au col de Öxi, où nous voulons avancer plus vite à cause de la tempête. Résultat, sur le dos des deux cocos, deux petites gonfles qui heureusement disparaissent une semaine après.

       
 

Nous nous rendons compte que les chevaux doivent de nouveau être ferrés. En cas d’urgence, nous sommes maintenant suffisamment débrouilles pour le faire nous-mêmes avec les outils que nous avons. Mais nous préférons nous faire aider par un éleveur rencontré sur la route d’Egilsstadir. Entre les cailloux de la montagne, le bitume de la côte, et les mauvais aplombs antérieurs de nos chevaux, nous aurons fait une moyenne de 400 Km entre chaque ferrage.

       
 

Egilsstadir, capitale de l’Est, compte moins de 2'000 habitants. C’est notre dernière ville avant Myvatn. Nous ne cherchons pas à placer les chevaux, car nous avons retenu la leçon de Höfn et n’avons pas l’intention de rester longtemps. Mais comme il est tard, nous nous installons pour la nuit en ville, cachés derrière le cimetière. En général c’est tranquille, il y a de l’eau et de l’herbe. Nous montons le parc en silence, car il y a un enterrement.

       
 

P’tit Gris fait de plus en plus le fou, il doit sentir venir la fin du voyage

       
 

Nous angoissons à l’idée de devoir suivre la route N°1 sur les 200 derniers Km. Heureusement, il n’y a plus de barrières ou de marécages, et nous pouvons suivre d’anciennes traces, guidés par des cairns. Nous traversons des déserts comme ceux du centre de l’Islande, et c’est parfois galère pour trouver de l’eau et même de l’herbe. Ici et là, nous voyons des vieilles coulées de lave plissée comme un drap, ridée comme une peau d’éléphant ou torsadée comme des câbles électriques.

       
 

Malgré tous les Km parcourus, les chevaux ont l’air en forme. Noiro n’a rien perdu de ses rondeurs, au contraire ! Un jour, en selle, Manue tente de rééquilibrer son chargement. Un peu trop énergiquement peut-être, car tout bascule d’un coup, et elle se retrouve par terre avec selle et sacoches. P’tit Gris, lui, fait de plus en plus le fou. Il doit sentir venir la fin du voyage et fait soucis à Noiro quand il sautille comme un gamin à travers le parc.

       
 

Ca les aurait bien divertis d’aider les fermiers à récupérer leurs moutons. Mais à Modrudalur, comme un peu partout en Islande, les quads ont remplacé les chevaux pour ce travail.

       
 

Après 1000 Km et 2 mois de voyage, notre petite troupe arrive enfin à Myvatn. Le sol est riche en activité volcanique, et sa blancheur contraste avec les déserts noirs que nous venons de traverser. Comme convenu, nous appelons Oli Petur pour qu’il vienne nous chercher avec son van. En attendant nous plaçons les chevaux dans un centre équestre, Bangahestar, car la région est une réserve naturelle. Helena, une Suédoise qui y travaille doit ramener des chevaux à Akureyri, et veut le faire à notre façon. Quand nous la voyons préparer un cheval de bât, nous sommes tout contents de pouvoir lui donner nos sacoches et notre parc. Nous pensons bien à eux, quand trois jours plus tard, il pleut des cordes et que nous traversons le pays pour retourner à Selfoss, confortablement installés dans le pick-up d’Oli Petur.

       
 

La fin de l’aventure est une série de happy end. Oli Petur et sa famille sont ravis de trouver les chevaux en bonne forme. Nous invitons à Selfoss quelques-uns de nos anges gardiens pour une soirée pizza. Nous rencontrons même Jakob, le mystérieux propriétaire de Noiro. Il fume la pipe, et Blez trouve enfin quelqu’un à qui donner son tabac.

       
 

Et P’tit Gris et Noiro ? A condition de rester ensemble, ils n’auraient pas été opposés à continuer le voyage. Nous savions dès le départ qu’il faudrait les rendre, nous avons donc mieux pu nous préparer à les quitter. De plus ils retournent chez eux, à Selfoss. Ce serait prétentieux de penser qu’ils ont attendu de nous connaître pour être heureux. Et allez donc demander à P’tit Gris si c’était vraiment des vacances !

       
 

Plus proche de l’expérience que des vacances

 
       
 

Ce fut une formidable aventure avec nos deux gros bébés. Souvent braves et complices, parfois têtus comme des mules, ils nous ont fait autant rire que pleurer. Ce sont eux qui nous ont apprivoisés, pas nous. Au départ nous pensions faire un voyage en Islande à cheval, mais finalement nous avons fait un voyage à cheval en Islande. Et ce fut plus une expérience que des vacances.

       
 

Ce fut une belle aventure humaine aussi. Nos amis islandais nous ont un peu pris pour des fous, mais ils ont cru en nous jusqu’au bout. Leur confiance a été une solide motivation.

       
 

Enfin nous avons vécu une passionnante aventure de couple. Un voyage où nous avons autant regardé dans la même direction que nous nous sommes regardés dans les yeux. Nous avons survécu à trois mois ensemble, tous les jours l’un avec l’autre, au gré des fous rires et des engueulades. Sans se quitter UN instant: les chevaux ne nous ont pas laissé le choix, ils étaient absolument inséparables...

       
 
       
 
       
 
       
       
    Texte et photos d'Emmanuelle Monod et Blaise Gabioud
       
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